Laura Alles a soutenu sa thèse le 5 décembre 2025, intitulée « Dynamiques du capitalisme hospitalier – Concentration et financiarisation de l’hôpital à but lucratif » et dirigée par Philippe Batifoulier et Nicolas Da Silva.
Le jury était composé de :
BATIFOULIER Philippe, Professeur des Universités, Université Sorbonne Paris Nord, CEPN, co-directeur de thèse
Da SILVA Nicolas, Maître de Conférences, Université Sorbonne Paris Nord, Co-directeur de thèse
DOMIN Jean-Paul, Professeur des Universités, Université de Reims Champagne-Ardenne, REGARDS, Examinateur
GASQUET-BLANCHARD Clélia, Maîtresse de Conférences HDR, EHESP, Espaces et sociétés, Examinatrice
PEYRON Christine, Maîtresse de Conférences, Université de Bourgogne, LEDi Examinatrice
TADJEDDINE FOURNEYRON Yamina, Professeure des Universités, Université de Lorraine, Beta, Rapportrice
ZEMMOUR Michaël, Professeur des Universités, Université Lyon 2, Triangle, Rapporteur
Résumé
La financiarisation du secteur hospitalier privé à but lucratif (HPBL) constitue une transformation majeure du système de soins français depuis le début des années 2000. Avec d’un tiers des établissements et plus d’un quart des capacités hospitalières, l’HPBL connaît une dynamique de dépenses supérieure au secteur public. Pourtant, ce secteur demeure peu étudié, en raison notamment du manque de suivi administratif et de l’opacité des données disponibles.
Cette thèse propose une analyse du secteur en termes d’économie politique de la santé. Elle montre que les choix de quantification conditionnent ce qui peut être vu et pensé. À partir d’une reconstruction empirique de la concentration via la Statistique Annuelle des Établissements de santé, nous identifions pour la première fois le mouvement de concentration sur moyenne période (2004-2020). En 2020, une soixantaine de groupes regroupaient plus de 800 HPBL (80 % du total), dont 18 groupes financiarisés rassemblent 60 % du secteur HPBL. Ces acteurs se spécialisent dans les disciplines les plus rentables (chirurgie ambulatoire, soins de suite et réadaptation, dialyse) ce qui les conduit à détenir un pouvoir de marché local important dans certains départements. Une enquête par entretiens suggère que la financiarisation s’accompagne d’une dégradation des conditions de travail et des prises en charge. Interprétées à la lumière du capitalisme sanitaire, ces transformations illustrent l’intégration croissante de l’hôpital dans les logiques d’accumulation capitalistes : l’hôpital à but lucratif, autrefois organisation indépendante sous l’autorité des médecins, est désormais une activité dominée par des groupes structurés par le monde de la finance. Loin de constituer un antidote, l’intervention publique nourrit la dynamique du capitalisme hospitalier.
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Abstract
The financialisation of the for-profit private hospital sector (FPHS) is a major transformation of the French healthcare system since the early 2000s. Representing nearly one-third of healthcare institutions and over one-quarter of hospital capacity, the FPHS has seen faster expenditure growth than the public sector. Despite its significance, the sector remains understudied due to limited administrative monitoring and lack of data.
This dissertation analyzes the FPHS through the lens of the political economy of health, emphasizing how quantification choices shape what can be observed and understood. Using the Statistique Annuelle des Établissements de santé, we reconstruct market concentration trends from 2004 to 2020. In 2020, about 60 groups managed over 800 FPHS institutions, with 18 financialised groups accounting for 60% of FPHS facilities. These actors specialize in the most profitable fields (ambulatory surgery, rehabilitation, dialysis), granting them considerable local market power.
A qualitative survey based on interviews suggests that financialisation is accompanied by a deterioration of working and care conditions. Interpreted through the framework of healthcare capitalism, these transformations illustrate the growing integration of hospitals into capitalist accumulation logics. The for-profit hospital—once an independent organisation under medical authority—has become an activity dominated by groups structured around financial imperatives. Far from acting as a counterweight, public intervention in fact fuels the dynamics of hospital capitalism.
